Le journalisme vu par une correspondante à l’ONU

Alors active au Mali, la journaliste Catherine Fiankan-Bokonga, basée au Palais des Nations à Genève a accepté de se prêter au jeu de l’interview afin d’offrir un éclairage personnel sur des facettes moins connues de son métier.

Etre journaliste : informer le public de la vérité

Le journalisme est l’activité qui consiste à recueillir, à vérifier ou à commenter des faits afin d’informer le « grand public » à travers les médias. Ces actions doivent s’effectuer en respectant les règles du Code de déontologie à savoir : respecter la vérité, ne pas manipuler l’information, garder anonyme sa source si l’information a été fournie de manière confidentielle, et enfin faire une différence claire entre faits et commentaires.

Le goût de l’action

En suivant son père archéologue sur un champ de fouilles à Kinshasa, au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo) et en observant la patience et la minutie que réclamait ce métier, elle a découvert très tôt que sa passion pour l’Egypte et la Grèce ne satisferait pas son goût de l’action. Elle s’est donc tournée vers une autre voie.
Tout est parti d’une farouche envie d’informer le grand public sur ce qui se passe dans le monde, de dénoncer les malversations et les manipulations politiques en tous genres. « J’avais adoré le film « Les Hommes du Président » d’Alan Pakula avec Robert Redford et Dustin Hoffman. Ce long métrage relate l’enquête des journalistes du Washington Post, qui ont mis à jour le scandale du Watergate. Un stage à TF1 dans le service de politique étrangère, dirigé par Gérard Saint-Paul, et le soutien de Dominique Baudis m’ont convaincue que c’était ma voie».

La formation et le parcours de Catherine Fiankan-Bokonga

Des études de droit, puis des années plus tard, des études de Sciences politiques aux Etats-Unis lui ont donné une solide culture générale, une méthode et le goût du travail. « Mon parcours est assez atypique et surtout l’époque n’est plus la même. Aujourd’hui, il est très difficile d’obtenir un emploi à plein temps comme journaliste, mais il est plus facile de devenir correspondant (presse écrite, radio ou télévision). Il faut savoir que de nos jours un correspondant est payé, la plupart du temps comme un pigiste, c’est-à-dire à la pièce (article, reportage, intervention…). La paie est médiocre au vu du temps consacré et du niveau requis ».

Une journée dans la vie de journaliste de Catherine Fiankan-Bokonga

Dès le réveil (vers 6h du matin), où qu’elle soit, elle parcourt ses mails, elle lit les derniers tweets, elle zappe sur plusieurs chaînes française, américaine, arabe, pour regarder les journaux télévisés, humer l’actualité du moment.
Chaque jour a ses priorités dans l’actualité, et elles varient selon la région, le pays ou le continent. Si elle est à Genève, elle connaît son emploi du temps à l’avance et se rend aux conférences de presse ou aux réunions qui se tiennent au Palais des Nations Unies. Sur le terrain, les choses sont différentes. Tout dépend de l’endroit où elle se trouve, si elle est en Afrique ou au Proche-Orient.

Ecrire un article demande une solide culture générale

Catherine Fiankan-Bokonga se montre très précise lorsqu’elle écrit. Elle contrôle tous les éléments plusieurs fois et lorsque elle fait référence à des évènements passés, elle aime vérifier les informations qu’elle a en mémoire. D’où l’importance d’avoir une vaste culture générale, cela permet de placer assez rapidement les faits dans leur contexte.
” De plus, pour devenir journaliste, il faut avoir une grande curiosité intellectuelle, de la discipline, un esprit d’analyse et d’investigation…et être très flexible.”

Le type de médias utilisé donne l’angle de l’article ou de la question

Elle est correspondante de différents médias (télévision, presse écrite, site internet et radio). Les démarches ne sont donc pas les mêmes. Les relations avec les rédacteurs en chef sont plus ou moins directes, cela dépend. Il existe aussi une différence entre la méthode de travail des médias anglophones, francophones ou asiatiques
Lorsqu’il s’agit de télévision, elle traite l’actualité « à chaud », comme par exemple, lors d’une intervention en direct durant le Conseil des droits de l’homme. En radio, c’est souvent la même chose. Pour la télévision et la radio, le temps d’antenne est compté et l’angle choisi ou la question posée par le présentateur sont discutés à l’avance. Dans la presse écrite, l’espace peut être réduit, mais lorsqu’il s’agit d’un papier d’analyse ou d’interview dans des publications mensuelles, une plus grande liberté est accordée.

Un réseau de confiance pour obtenir des informations

Il est de plus en plus difficile d’obtenir des informations, que ce soit au niveau des Nations Unies ou dans la vie de tous les jours. C’est la raison pour laquelle il faut avoir un très vaste réseau de contacts, de connaissances dans des sphères très différentes. Il est aussi très important de protéger ses sources et de construire des relations de confiance avec les gens.

Une profession très intéressante par sa diversité

Catherine Fiankan-Bokonga adore la diversité de sa profession. Elle peut couvrir des sujets très variés, des discussions sur le nucléaire iranien, en passant par la lutte contre Ebola jusqu’à un rapport des droits de l’homme sur la situation en Syrie. Elle a donc la chance de rencontrer souvent des personnalités brillantes, qui participent à la construction de notre monde et participent à son évolution.

Twitter permet de partager l’information en direct

La journaliste utilise internet pour des recherches, des vérifications rapides ou la communication par mail.
Elle est également présente sur Twitter. Cet outil permet non seulement de voir en un clin d’œil ce qui se passe, mais il lui permet de partager rapidement des informations sans subir le filtrage des rédactions.

Le journalisme revêt donc une importance capitale pour informer le public de la vérité. Pour cela, il faut non seulement un réseau de confiance, mais une écriture précise, un bon esprit d’analyse, de la veille médiatique ainsi qu’une bonne culture générale. La correspondante à l’ONU doit non seulement s’adapter en fonction du média utilisé, mais également traiter de sujets variés, qui font la richesse de son métier.

Posté par: Posté le: 22 décembre 2014

Source: Geneva Business News