L’Iran cherche de l’oxygène à Genève

Le Courrier. 09 Février 2010
Catherine Fiankan-Bokonga

ÉCONOMIE – Sous pression internationale et en pleine crise de régime, l’Iran a présenté à Genève les atouts de l’île de Kish, qui ambitionne de concurrencer Dubaï.

Trente années ont passé et le rêve du Shah d’Iran se poursuit. En effet, en 1978 Reza inaugurait en grandes pompes l’île de Kish, une zone franche située près du détroit d’Ormuz. Il souhaitait transformer cet endroit en place touristique et financière internationale. Le vice-président d’Iran, Esfandiar Rahim Mashaie, s’est arrêté à Genève afin de promouvoir le projet et l’ouverture de son pays.
En décembre 1978, le Shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, inaugurait l’île de Kish, située dans le golfe persique, comme un lieu de villégiature pour millionnaires. Deux fois par mois, le Concorde déversait quelques centaines de privilégiés dans cette zone franche de 90 kilomètres carrés. Depuis le milieu des années 1990, le gouvernement iranien s’est lancé dans une campagne de développement visant à faire de Kish une rivale de Dubaï. En effet, l’Iran est un des partenaires historique privilégiés de la ville des Emirats Unis. Pour preuve, les trois cents vols quotidiens qui existent entre la cité dubaiote et l’Iran, et les dix mille sociétés qui disposent d’au moins un partenaire iranien.

D’après la Chambre de commerce de Dubaï, entre 2005 et 2009, le commerce entre Dubaï et l’Iran a triplé pour atteindre les 12 milliards de dollars. Les sanctions décrétées en décembre 2006 par le Conseil de sécurité de l’ONU ne sont certainement pas étrangères à cette augmentation d’échanges.
Une bourse internationale

A première vue, un pays qui possède les deuxièmes réserves mondiales de pétrole et de gaz ne devrait pas être si fragile, mais 85 % des revenus d’exportation proviennent du pétrole. Depuis peu, les Etats-Unis et ses alliés ont décidé de durcir le ton et de mener une guerre économique sévère pour obliger la République islamique à renoncer à son programme d’enrichissement d’uranium. Ils essayent d’obliger le golfe à limiter le commerce avec celle-ci car Dubaï est devenue le centre offshore des affaires de l’Iran. D’où l’importance pour les Iraniens du développement de l’île de Kish où a été lancé en 2008 la bourse de Kish, dénommée officiellement «Bourse internationale iranienne du pétrole» (Iranian international petroleum exchange).

Cette bourse est destinée à faire directement concurrence à la Bourse internationale du pétrole de Londres – IPE (International petroleum exchange) – et à la Bourse marchande de New York – NYMEX (New York mercantile exchange) –, toutes deux possédées par de grosses entreprises américaines. Elle permettrait la fixation d’un nouveau prix de référence pour le commerce pétrolier mondial (marker crude). Ce serait une alternative à la fois au NYMEX et à l’IPE, qui exercent un monopole sur le marché du pétrole et du gaz. Les intérêts de ces dernières ne s’alignent pas toujours sur ceux des pays producteurs. De nombreux contrats liés au pétrole iranien ou saoudien, par exemple, sont toujours indexés sur le prix du brent britannique de la mer du Nord, dont la production est en déclin. La bourse de Kish serait la solution pour éliminer les intermédiaires qui, plus que l’OPEP, sont à l’origine des prix élevés du pétrole.
Un soutien nécessaire

Mais beaucoup d’avancées sont nécessaires pour assurer le succès de cette bourse. En particulier le soutien des voisins de l’Iran. La République islamique iranienne souhaiterait se constituer un nouveau carnet d’adresses d’acheteurs de pétrole. Elle ne veut plus dépendre des firmes occidentales, susceptibles de se laisser «influencer» par les pressions américaines.
Genève, choix stratégique

Cette opération de séduction, menée à Genève par le vice-président iranien, Esfandiar Rahim Mashaie (beau-frère du président Ahmadinejad), témoigne de la volonté de défendre la réalisation des projets liés à l’île de Kish.

Le choix de Genève ne doit rien au hasard. La crise économique mondiale et la dépréciation du dollar ont permis à la cité du bout du lac de fortifier sa position de deuxième place mondiale, après Londres, pour l’achat et la vente de pétrole et de matières premières. Cette montée en puissance de la place genevoise dans le domaine du pétrole concerne directement l’Iran qui ambitionne de se positionner un jour comme un centre international pour le négoce pétrolier et gazier. INFOSUD

Source: Le Courrier