Un ange dans une région où règne l’horreur

UN Special. Novembre 2013.
Soeur Angélique Namaika, religieuse originaire de la République Démocratique du Congo (RDC) a reçu le 30 septembre, à Genève, le Prix Nansen, récompense décernée par le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR). Ce prix salue son travail en faveur des femmes victimes des violences des milices de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), populations déplacées dans le nord-est de la RDC. Nous l’avons rencontrée lors de la remise de sa récompense. C’est certain, elle possède ce supplément d’âme qui rend une personne exceptionnelle.

Sœur Angélique est responsable, depuis 2003, du Centre pour la réintégration et le développement à Dungu, en Province Orientale de la République Démocratique du Congo (RDC). Elle a décidé de consacrer sa vie à aider les victimes de l’Armée de résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army), mouvement rebelle ougandais qui opère dans la jungle et est responsable de milliers d’atrocités.

Les femmes secourues par la religieuse congolaise ont subi des viols, des coups, du travail forcé, des enlèvements. Elles sont également souvent victimes d’ostracisme de la part de leur communauté en raison des épreuves qu’elles ont traversées.

Elles arrivent sans rien ou avec des enfants, fruits de viols à répétition. Avec ses maigres ressources, Sœur Angélique les reçoit, les encadre, les écoute et les console.

Comme le dit humblement Sœur Angélique « ma mission est de leur donner un nouvel espoir dans l’apprentissage ». Elle leur offre la possibilité d’apprendre un métier (couture, boulangerie) tout en les alphabétisant. La religieuse apprend aux femmes à lire et écrire, afin qu’elles puissent être en mesure de parler avec les autochtones dans leur langue nationale, le lingala. « Comme elles viennent des endroits reculés, elles sont habituées à pratiquer leur langue maternelle. Mais si elles continuent à la parler, elles ne vont pas être intégrées », nous explique-t-elle.

Sœur Angélique précise qu’elle a mis sur pied des activités qui pouvaient « les aider à attirer plus leur attention au lieu de toujours penser aux atrocités qu’elles ont vécues, pour ne pas demeurer dans le traumatisme perpétuel. Le métier les aide à devenir autonomes afin de pouvoir subvenir à leurs besoins au lieu de toujours tendre la main ».

Depuis dix ans plus de deux mille femmes ont ainsi été recueillies par Sœur Angélique. Les femmes l’affirment : elle est « le remède qui attaque la douleur de leur cœur ».

Avec cette violence barbare, des dizaines de milliers d’enfants sont orphelins. Ce qui la « fait pleurer, c’est lorsqu’elle n’a pas de solution pour aider les personnes vulnérables ». Elle se retrouve aujourd’hui entourée de quarante-huit petits orphelins à qui elle tente de prodiguer les meilleurs soins.

Dès l’âge de 9 ans, Angélique a su qu’elle voulait devenir religieuse car c’est à cette époque qu’elle a rencontré une religieuse allemande qui lui a révélé sa vocation. La religieuse allemande allait dans son village pour aider les personnes malades. « Il y en avait tellement qu’elle n’avait pas le temps de se reposer », dit-elle. Elle ajoute qu’elle a « voulu devenir comme elle pour pouvoir l’aider afin qu’elle puisse enfin prendre un peu de repos. »

Elle a grandi avec cette idée et elle a rejoint la maison de formation des sœurs. En 2009, Sœur Angélique expérimente la vie de déplacée. Cette expérience la conduit à s’occuper des femmes qui ont été non seulement déplacées mais enlevées, violées et souvent forcées à tuer des membres de leur famille.

La notion de groupe est aussi très importante. Le fait que les femmes soient ensemble avec d’autres femmes, qui viennent d’autres localités qui ont été attaquées, joue son rôle. « Elles jouent, elles partagent, elles rient, elles essayent un peu d’oublier. Elles vivent comme des personnes qui sont en paix », dit Sœur Angélique.

Lors de la remise du Nansen Award aux Bâtiments des Forces Motrices, la religieuse provoque une « standing ovation » agrémentée de cris et de youyous. La salle est littéralement électrifiée par tant de bonté, d’humilité de ce petit bout de femme, en costume local, dont le sourire apaise. Sœur Angélique reconnaît qu’elle n’avait jamais entendu parler de ce prix. « Mon quotidien, c’est de travailler avec les femmes puis de rentrer chez moi. Je suis très heureuse et reconnaissante vis-à-vis du HCR car ainsi les femmes victimes vont être aidées », dit calmement la religieuse.

Avec le Prix Nansen (100 000 dollars) Sœur Angélique espère pouvoir construire un vrai orphelinat, une école, une boulangerie semi-industrielle et un champ communautaire pour que les femmes puissent produire leur nourriture. Plus de cent cinquante femmes sont actuellement encadrées par la religieuse.